7.1.10

Analyse de rêves

Vivant dans l'univers purement conceptuel de la programmation, j'ai développé, avec les années, une tendance à découper les concepts en un ensemble de concepts plus simples, dont l'intersection est vide, mais qui définissent en totalité le concept analysé. Ceci me permet de bien comprendre l'essence d'un concept et de comprendre comment chacun de ses sous concepts l'affecte. C'est un peu comme prendre un plat et le décomposer en ingrédients.

Hier, en relisant mes rêves, je me suis rendu compte qu'il y avait deux types de rêves:
- les rêves binaires (accompli ou non)
- les rêves continus (sans fin définie)

Et pour chacun, il y a deux catégories:
- objectifs (mesurable)
- subjectifs (non-mesurable)

Exemples...

Courir un demi-marathon: binaire objectif
Écrire un bon roman: binaire subjectif
Écrire mon blog: continu objectif
Être un bon père: continu subjectif

Ok...et puis quoi? Rien de particulier...autre que le fait que si on ordonne les combinaisons par ce que notre culture valorise, nous aurions (ordre A):
1-binaire objectif (favoris des managers)
2-binaire subjectif (au moins on peut à peu près évaluer)
3-continu objectif (mesurable, mais quand?!)
4-continu subjectif (rien à faire avec ça)

Mais si on ordonne en considérant l'impact sur notre vie, nous aurions probablement l'ordre inverse (ordre B) parce que les rêves continus nous touchent chaque jour et parce que les rêves subjectifs sont plus personnels par définition.

Ma conclusion subjective est donc de garder l'ordre A pour notre manager...et manager notre vie avec l'ordre B.

3 commentaires:

Nathalie a dit...

J'aime bien la façon dont tu structures les rêves...

Nous vivons dans une société qui valorise la performance, l'accomplissement, la réalisation. Et pour qu'une de nos actions soit considérée comme "accomplie", elle doit mesurable, visible. Et cette valorisation de la performance influence la façon dont nous jugeons l'importance de nos propres rêves.

Pour revenir à tes exemples (et en utilisant un des arguments de notre dicussion de vive voix sur le sujet), imaginons deux hommes, un qui aurait couru plusieurs marathons et un autre qui aurait été un excellent père. À leur mort, en lisant un texte sur leur vie ("il a fait 15 marathons" contre "il a été un bon papa") lequel nous semblerait le plus impressionnant? On aurait l'impression que celui qui a fait des marathons aurait mieux réussi sa vie.

Et pourtant.

Je cours régulièrement (comme tu le sais :-). J'ai couru toute l'année environ 3 fois par semaine, dans le froid, sous la pluie, sur la glace, dans la neige, sous un soleil brûlant. Mais je ne cours pas longtemps, je ne cours pas vite, je ne participe pas à des courses importantes. À coté d'un marathonien, je ne donne pas l'impression d'être une coureure aussi accomplie. Mais est-ce que je ne réalise pas autant mon rêve de courir toute ma vie si j'en éprouve beaucoup de bonheur? Est-ce que je dois accomplir un acte binaire objectif pour être une vraie coureure?

Comme tu sais, je repense souvent ma vie, me demandant si je suis où je devrais être. Je réalisais dernièrement que ce que je faisais de plus important dans ma vie en ce moment était d'être une mère. Élever des enfants, leur montrer le bonheur, les aider à devenir des adultes, les encourager dans leur curiosité... rien ne peut être plus important que tout ceci. Et pourtant, une partie de moi se demande si je ne devrais pas rêver de faire "de grandes choses" afin de bien réussir ma vie... Un espèce de sentiment que je devrais être "plus", que j'aurais pu être "plus" que ce que je suis.

Je me suis un peu égarée dans cette réponse :-) Mais ton texte me rassure un peu dans mes questionnements et je garde en tête ta conclusion subjective, soit que mes rêves continus subjectifs sont aussi importants, malgré leur modestie...

Félix-Étienne Trépanier a dit...

Il y a une question que je n'ai pas vraiment abordée dans mon post initial, mais qui était là de façon implicite, et qui devient en parti le moteur de notre façon de rêver.

Qui est notre juge? Qui nous évalue? Pour qui est-ce qu'on fait ce qu'on fait?

Encore là, il y a plusieurs raisons possibles, mais étant donné que l'on passe une grande partie de notre vie à être évalué par d'autres (à l'école et au travail par exemple) il est facile de s'évaluer par les yeux d'une autre personne. Et, ce faisant, nous mettons beaucoup d'emphase sur les rêves binaires puisqu'ils sont les seuls que nous pouvons 'accomplir'. Mais si on évalue notre vie selon nos valeurs, passions et priorités alors les rêves continues et subjectifs prennent toute leur importance.

Le vrai danger dans tout ça, c'est de vivre sa vie en s'évaluant toujours pas les yeux d'un autre. Il faut se forcer à rêver subjectivement sans nécessairement devoir accomplir quelque chose. Sinon, on devient esclave d'une liste longue et ennuyeuse d'objectifs.

Nathalie a dit...

Tu as tout à fait raison: il faut en arriver à évaluer ses rêves selon ses propres critères, tout en faisant fi de l'opinion des autres. Si simple, si libérateur... et pourtant si difficile.