14.3.10

I/O (entrées/sorties)

Attention! Le texte qui suit est brutal. Il utilise une analogie informatique pour illustrer un concept au stade embryonnaire.

Nous sommes en évolution. Notre pensée se sculpte un peu plus chaque jour. Notre façon de voir la vie et notre façon de la vivre changent. Cette évolution est subtile et quasi imperceptible. Ce n'est que lorsque l'on prend un moment de repos pour regarder derrière nous que la métamorphose est visible. Cette métamorphose est le résultat de plusieurs micro-changements, chacun provoqué par un évènement qui nous a atteint et qui est entré en nous. Ces entrées stimulent nos réflexions et, parfois, le résultat modifie notre structure de pensée. Suite à cette modification les prochaines entrées seront analysées différemment. C'est irréversible et incrémental.

Nous contrôlons très peu nos entrées. Mais nous pouvons contrôler légèrement le contexte et les types d'entrées que nous laissons entrer. L'école est un exemple de contexte qui génère, entre autre, des entrées contrôlées dans le but de penser d'une certaine façon, dans le but d'apprendre quelque chose de très spécifique.

Le flot des entrées ne s'arrête jamais, mais la quantité et la variété des entrées fluctuent selon au moins trois facteurs:
  • Sensibilité: une personne sensible est plus attentive et perçoit plus d'entrées.
  • Ouverture: une personne à l'esprit ouvert accepte des entrées différentes des entrées qui lui sont familières.
  • Expérimentation: une personne qui recherche de nouveaux contextes et qui sort de sa routine s'expose à une plus grande variété d'entrées.
Nous pouvons influencer ces trois facteurs. Le but n'est pas de recevoir le maximum d'entrées, mais plutôt de se mettre dans une situation propice à notre développement autant cognitif qu'émotif.

Puis il y a les sorties. Chacun de nos gestes, chacune de nos paroles, chacun de nos écris est une sortie. Elles sont dictées par notre structure de pensée, nos intérêts, nos objectifs. Elles sont une conséquence de nos entrées et sont en même temps des entrées pour quelqu'un d'autre. Les sorties sont une façon de nourrir le monde qui nous a nourri.


Anecdote sur les entrées/sorties

En général, je lis des livres sérieux ou techniques. Mais cette année, j'ai choisi de lire d'avantage de romans. On pourrait croire que de lire des romans plutôt que de lire des livres sérieux diminuerait mon nombre d'entrées et ralentirait par conséquent mon développement. Je sais maintenant que c'est faux. Les romans génèrent beaucoup de réflexions sur des sujets qui sont autrement inaccessibles. Et il y a aussi la musique. Différents types de musique évoquent différents types d'émotions.

Il ne faut jamais négliger l'art en tant que source d'entrées même si le développement intellectuel est culturellement favorisé comparativement au développement humain...avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur notre société actuelle.

Sélectionnez bien vos entrées/sorties!

2 commentaires:

Nathalie a dit...

Je trouve cette analogie très intéressante et j'y repense depuis mardi.

Il y a tant à dire sur ce sujet. Je pense entre autres à l'uniformité de ce qui est considéré comme des entrées "optimales" par la société, et donc fortement encouragées, soient celles qui favorisent le développement et la performance intellectuelles. Pensons à l'école primaire et secondaire, où on coupe de plus en plus dans les cours de musique et d'éducation physique pour rajouter des heures aux cours plus "classiques".

J'imagine que la motivation de cette approche est qu'une entrée a une influence directe sur les sorties. Mais c'est complètement erroné, parce que notre esprit n'est pas si simple. L'esprit humain est imprévisible, créatif et, par moment, furieusement indépendant et il transformera les entrées comme bon lui semble... D'ailleurs ta photo illustre ce principe de façon géniale :-)

Sans qu'on puisse vraiment les contrôler, je crois qu'on peut beaucoup influencer nos entrées et aller un peu à l'encontre de ces idées préconçues. En tant que parents, nous avons la chance incroyable d'influencer celles de nos enfants. On doit donc essayer de les exposer à une foule de sujets différents, tout en s'assurant que l'ensemble de ces entrées sont influencées par nos valeurs.

Je crois aussi qu'on devrait, jusqu'à un certain point, leur laisser la chance de choisir leurs propres entrées. Je pense à Under pressure, de Carl Honoré. Dans le but louable de "stimuler" nos enfants, nous en venons dès leur jeune âge à les occuper constamment, ne leur laissant pas le temps de s'ennuyer ou de s'occuper seuls. Et je crois que c'est en s'occupant eux-mêmes, avec du temps libre et un peu d'ennui qu'ils peuvent justement développer leur sensibilité, leur ouverture, découvrir le plaisir de l'expérimentation qui leur seront si utiles plus tard... et leur permettront de créer leur propres sorties originales et authentiques.

Félix-Étienne Trépanier a dit...

En effet, notre esprit n'est pas prévisible. Je crois que les changements induits par une entrée seront différents selon le contexte et le moment de la réception.

Nous ne pouvons vraiment contrôler comment nous seront dans quelques années, mais nous pouvons en tracer le contour par nos actions (qui influencent nos entrées).

Il faut probablement un équilibre entre apprendre de façon structurée par une source externe comme l'école (excellent pour apprendre la base, l'essentiel) et notre apprentissage individuel. Probablement que les parents modernes poussent un peu trop sur le côté structuré de l'apprentissage dans l'objectif d'avoir des super enfants (et d'être considérés comme super parents).

Je ne suis pas encore certain du pivot de cet équilibre, mais à mon avis, il est essentiel que chacun, même les enfants, puissent explorer leurs intérêts sans nécessairement avoir à optimiser ou à structurer leur apprentissage 'libre'. Mais il est aussi essentiel qu'une partie de leur apprentissage soit encadrée. Selon moi, le vrai super parent est celui qui trouve le juste milieu, plutôt que celui qui pousse pour einstein-mozart-jordan-gates.