19.5.10

Dépareillé

El Chaltén, Argentine. Un minuscule village en Patagonie. Le point de départ pour le Cerro Torre et le Mont Fitz Roy. On y faisait du camping dans notre miniature tente 2 places. Le jour, il devait faire 25, mais la nuit c'était plutôt 12. Lorsque le soleil se couchait, on cherchait à occuper notre soirée le plus longtemps possible dans les restos et cafés pour profiter de leur chaleur et de leur lumière.

Un soir, alors que nous avions terminé notre repas trop tôt, nous errions dans le village à la recherche d'un café pour prendre quelque chose de chaud avant de nous immobiliser dans le froid de la tente. Nous en avons trouver un, tout petit. Il y avait quelques tables en bois et des cadres de Maradonna sur le murs. Un couple s'en occupait et devait probablement y habiter. On y entre et aussitôt on se sent à l'aise. On décide d'essayer 2 submarinos (un morceau de chocolat noir couvert de lait chaud dans une grande tasse). Pendant qu'on boit notre chocolat chaud de luxe, la musique m'attire. C'est du reggae français. Un fit parfait avec l'atmosphère du café et de ses deux propriétaires.

J'suis dépareillé, j'suis déraciné
Peu de culture pour m'accrocher
De tous côtés je trouve pas c'que j'veux
Blanc c'est diable et noir c'est Dieu
J'suis pas convaincu, j'm'avoue pas vaincu
Sectes et gourous hors de ma vue

Comme souvent, je demande ce qui joue. Le cuisinier, qui lave les casseroles bosselées dans la cuisine, me répond en espagnol que c'est un ami qui lui a donné le disque et qu'il n'a aucune idée de qui c'est ou de ce que les paroles veulent dire. Je force dans ma mémoire les paroles...J'suis dépareillé, j'suis déraciné.

De retour à Montréal plusieurs mois plus tard, ce souvenir me revient. Après quelques recherches, je trouve l'auteur, Pierpoljak, et j'achète l'album qui contient Dépareillé. J'adore.

Il y a plusieurs semaines, j'apprends que Pierpoljak a sorti un nouvel album. Lors d'une visite au HMV, j'écoute...mais le style est légèrement différent...moins reggae, très léger...j'hésite.

La semaine passée, j'ai finalement acheté Légendaire Sérénade. Je ne sais pas ce qui m'attire de Pierpoljak. Mélodie simple, paroles simples...presque trop. Peut-être que c'est l'atmosphère du café de El Chaltén qui m'envoute encore à travers l'artiste. Ou peut-être que c'est la sensibilité de l'auteur qui transparaît au travers de ses chansons. Chose certaine, ses albums me touchent...

2 commentaires:

Nathalie a dit...

Tu ne trouves pas que la mémoire de la musique est une de ses plus belles caractéristiques? Une chanson, et on se retrouve à un endroit complètement différent, à revivre des souvenirs ou émotions qu'on croyait oubliés depuis longtemps...

Maintenant, lorsque tu écoutes la musique de Pierpoljak, à son histoire se rajoute la tienne... C'est si beau, je trouve.

Félix-Étienne Trépanier a dit...

Oui, je suis tout à fait d'accord! Pour la majorité de mes albums, je me souviens du lieux et de mon état d'esprit au moment je l'ai entendu pour la première fois.

C'est une dimension particulière de la musique...une façon de modeler notre humeur. Ça peut être un excellent remède à la mélancolie ou un boost à l'enthousiasme...mais il faut bien choisir :)